Conclusion

Comme on peut le voir dans nos références [3], [4] et [5], à chaque fois qu’elle évoque le modèle tonotopique la littérature scientifique l’enrobe de multiples précautions oratoires, réserves, phrases au conditionnel, mais elle ne cesse de le considérer comme un postulat jamais remis en cause.

Cependant, le principe selon lequel différents endroits de la membrane basilaire seraient spécialisés selon la hauteur des sons est aussi insensé qu’une théorie de la vision qui supposerait que des lieux distincts de la rétine seraient consacrés aux différentes caractéristiques : taille, géométrie, texture, couleur, des objets (l’exact analogue serait le spectre spatial). C’est certes évident pour l’œil, assimilable à une chambre noire de caméra, et presque inobservable au sein de l’oreille interne. Mais cela conduit à la même absurdité : comment, une fois ces caractéristiques dissociées, le cerveau pourrait-il reconstituer une image signifiante ? (Concernant l’ouïe, le modèle tonotopique induit de plus un décalage temporel entre les différentes composantes d’un son !)

La théorie de l’échantillonnage cochléaire, fruit de la recherche privée, à l’initiative de quelques personnes, a été peu diffusée, alors qu’elle est en parfait accord avec les observations, et qu’elle est d’une puissance explicative absolument remarquable, tant du point de vue du médecin (cf. l’ouvrage [1]), que des faits relatifs à la musique !

L’hypothèse d’une résonance localisée de la membrane basilaire n’a jamais été confirmée par l’observation ; elle constitue en fin de compte un ajout inutile au phénomène d’onde propagée, pour sa part unanimement reconnu. Nous avons en outre proposé un rapprochement de la Théorie de l’Echantillonnage Cochléaire et des observations récentes portant sur le mécanisme d’amplification opéré par les CCE (qui conduirait à la compression de la dynamique, mais sans résonance).

 Il est grand temps que le monde de la recherche envisage cette théorie comme une hypothèse plausible et la prenne comme hypothèse de travail à confirmer, réfuter, compléter et préciser, et y consacre au moins une petite partie de l’effort qu’elle a consacré jusque là à la tonotopie.

Il semble bien que la profession devrait penser à une petite opération chirurgicale au moyen du rasoir d’Ockham.

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Références bibliographiques

[1] – Roland Carrat – L’oreille numérique – Vues nouvelles sur la perception des sons – Dr Roland Carrat (EDP Sciences), 2009 / Lien associé : Futura Science – Dossier > L’oreille numérique, avenir de l’audition.

[2] – Roland Carrat – THEORIE DE L’ECHANTILLONNAGE COCHLEAIRE, 1986.

[3] – Paul Avan – Un organe au cœur de l’audition – Biofutur n° 337 – 11/2012 – UMR INSERM 1107 – Université d’Auvergne, Clermont-Ferrand. Article introductif d’un dossier.

[4] – Les pertes d’audition cachées – Pour la Science n° 461 – mars 2016

[5] – Christine Lépine – Modélisation mécanique de la cochlée : application à la conduction osseuse – thesesups

[6] – Pour un parcours général de l’audition : Voyage au centre de l’audition.

[7] – Morphogenèse : l’héritage des équations de Turing – Dossier Pour la Science n° 91 – juin 2016.

[8] – Idrick Akhoun – ANALYSE DE L’ENCODAGE DES SIGNAUX DE PAROLE DANS LE TRONC CEREBRAL (Speech-ABR) –  février 2011. HAL : https://tel.archives-ouvertes.fr/tel-00568938.

[9] – Georg von Békésy – Nobel Lecture: Concerning the Pleasures of Observing, and the Mechanics of the Inner Ear. December 11, 1961.

[10] – Georg von Békésy – Some Biophysical Experiments from Fifty Years Ago, Annual Review of Physiology 36: 1–16 – 10.1146/annurev.ph.36.030174.000245.


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