Psychoacoustique et Musique

La Théorie de l’Echantillonnage Cochléaire conduit à rapprocher les mécanismes cognitifs de l’audition de ceux de la vision, à considérer que la reconnaissance des sons par le cerveau procède par idenitfication de la forme temporelle de l’onde sonore. Cette similitude paraît tout à fait féconde, étayant ainsi encore davantage cette théorie, alors que les mécanismes de niveau central de l’hypothèse tonotopique restent à décrire :

L’identité de perception d’une mélodie par transposition, propriété tellement évidente qu’on n’y pense même pas, serait l’équivalent de l’invariance de perception des objets selon leur taille / leur éloignement (par homothétie). Ce simple constat explique que la perception de la hauteur d’un son répond à une loi de progression géométrique ! Et cela avec une très grande précision ! –  Là où l’hypothèse tonotopique suppose une cartographie des résonances sur la membrane basilaire selon une loi géométrique (exponentielle) d’une très grande précision (~3 millièmes de la fréquence), à laquelle on trouve difficilement une origine physiologique.

Les intervalles musicaux « justes » (octave, quinte, quarte, etc.) sont des coïncidences de géométrie entre des formes périodiques, d’où leur très grande précision (nous le montrons par quelques dessins dans Voir les formes sonores, en illustrant visuellement le phénomène de « dissonance » musicale) – l’hypothèse tonotopique supposerait un accord très fin entre deux sites éloignés de la membrane basilaire, ou à défaut une hypothétique compensation neuronale qui nécessiterait un apprentissage, peu probable.

Le timbre d’un son périodique (ou pseudopériodique) découle de la forme de la période élémentaire (sinusoïdale pour un son pur) transmise par les CCI – selon l’hypothèse tonotopique le cerveau devrait recombiner les composantes d’un spectre de fréquence (par transformée de Fourier inverse) ? Et plus encore dans le cas des sons brefs, les transitoires, émis par les instruments à percussion ou « l’attaque » des autres instruments, des consonnes plosives de la parole (p, t, k, etc.), et de toutes sortes de bruits de la vie courante : leur spectre est continu (et non pas discret =  limité à des fréquences précises), et leur forme est très sensible aux déphasages. Dans l’hypothèse tonotopique, comment le cerveau est-il supposé les reconnaître ?

L’octave est un intervalle inné (même un non-musicien adaptera quasi-immédiatement un air à sa tessiture de voix), et d’une grande précision : selon notre hypothèse il peut en effet aussi être perçu comme un simple changement de timbre.

Nous allons considérer cela en détail et l’illustrer dans les articles suivants.

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